Opération astéroïde.
HB installé sur son fauteuil avait observé l’arrivé de Luc Gare de Lyon à Paris ce jour de janvier 1955. Actionnant son clavier manuel à sa droite, il faisait apparaître une fenêtre dans laquelle se voyaient des images, celles qui se constituaient dans le cerveau de Luc. Dessous des sous titres indiquaient ce qu’il disait à haute voix si de couleur blanche, mentalement si de couleur orange.
Il est compréhensible que tout cela était possible par le jeu des Celmols et parce que nous connaissions parfaitement le mécanisme de formation de la pensée et de la réflexion dans le cerveau humain, et forcément dans tout organe ayant cette fonction.
De nouveau il observait Luc lors de son retour en septembre 1957.
Une sonnerie d’alerte se mit à vibrer à faible intensité, et le haut-parleur du plafonnier placé au centre de la coupole du pont de navigation égrena :
“Comète entrée zone astéroïdes. Astéroïde diamètre 150 kilomètres désorbité vers Etoile. Collision Terre prévue dans 2 mois 15 jours 6 heures 32 minutes 10 secondes.
Fréquence 0.9, ordre déroutement activé. Décompte rebours 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, 0, Escorteur A Nord activé.”
HB n’intervint pas pour stopper le décompte à rebours. En effet, si Metastar avait connu un tel phénomène à une fréquence supérieure à 0.8, jamais la vie n’aurait pu aboutir aussi vite sur cette planète. Aussi avait-on pris la décision et l’habitude de faire “neutraliser” un corps céleste de taille égale ou supérieure à 30 kilomètres qui tombait en chute libre et dont nous savions qu’il allait atteindre la Terre, lorsque la fréquence d’arrivée d’un tel phénomène dépassait 0.79.
L’escorteur A Nord se libéra de sa position et prit en chasse l’Astéroïde. Quelques temps après, la même voix annonça : “Astéroïde dérouté. Escorteur en position base.”
L’astéroïde avait été dévié d’un millième de degré d’angle de la route qu’il avait prise. À quelques 250 millions de kilomètres de la cible Terre, ce millième de degré se traduirait par un éloignement de la Terre de plusieurs milliers de kilomètres.
Nos escorteurs alpha disposaient d’une puissance motrice qui leur permettait de se coller par gravité à un corps céleste, empruntant une trajectoire identique et parallèle. Puis en déviant graduellement sa propre trajectoire l’escorteur produisait la déviation de celle de l’objet. Ce travail fait, il abandonnait l’objet qui irait se perdre dans les nuits stellaires. Cette méthode était dite de déroutement.
Nous pouvions également si nécessaire, pulvériser le corps céleste par une méthode dite de fragmentation.
L’astéroïde était fragmenté, en morceaux ne dépassant pas la taille d’un grain de sable. Cela était obtenu par un faisceau imprimant à l’espace un état vibratoire d’amplitude d’onde supérieure à la distance moyenne de deux molécules agrégées, et à la longueur inférieure à cette distance. La fréquence étant elle adaptée à l’effet de cisaillement souhaité. Toutes les liaisons chimiques étaient rompues et les molécules se positionnaient à des distances supérieures à celles de l’amplitude. Ceci donnait alors un nuage de poussières de forte densité qui se déplaçait comme un seul volume.
Le faisceau produit était plat comme une lame de couteau géant, et balayait de droite à gauche et de haut en bas le bloc de matière. Un scanneur suivait l’opération et adaptait les paramètres du faisceau, jusqu’à l’obtention d’un amas homogène, en tailles de grains de matière qui naviguaient de concert.
Pour des corps célestes de grande taille, on procédait auparavant à une méthode dite de bi fragmentation. Par un procédé de chauffage intensif en un point central du corps on le faisait se craqueler en diverses parties.
Chaque partie était alors séparée du lot et traitée séparément. Cette méthode était plus longue et nécessitait le concours de plusieurs escorteurs travaillant d’abord en mode synchrone. Ce nombre dépendait de la taille de l’objet céleste.
Il est amusant de souligner que le niveau de fragmentation pouvait être tel que l’impact du corps avec l’atmosphère terrestre le disperserait comme de la poussière et produisait alors un phénomène auroral incandescent.
Ainsi la Terre était surveillée et indirectement mais relativement protégée.
Mais dira-t-on si un impact devait se produire, qui porterait la fréquence d’arrivée à moins de 0.7, serait-il autorisé, alors qu’il aurait aussi entraîné comme une fin dinosaurienne ? La réponse serait positive, si effectivement l’espèce concernée à ce moment là était bien une espèce dinosaurienne, c’est à dire n’ayant plus aucune chance d’évolution.
Dans ce cas pourtant, nous nous serions assurés qu’un quota de lémuriens nécessaire à la création d’une suite à la vie sur Terre, était préservé sur la Terre elle-même. Au besoin nous aurions pris les mesures pour cela.
Mais Luc fera quelque découverte pertinente quant aux propriétés théoriques du monolithe cristallin de la Terre, lequel autorise ou n’autorise pas certaines choses.